Source de l’entretien : Actu’fil

 Le président du Mouvement pour la société et la paix (MSP) est revenu, dans cet entretien, sur la polémique autour de sa rencontre, fin 2018, avec le frère et conseiller spécial du président de la République, Said Bouteflika.

Votre rencontre avec le frère du président, Said Bouteflika, a suscité une grande polémique. Quelle est votre réaction ?

Nous nous sommes entretenus avec plusieurs personnalités, de l’opposition et du pouvoir, pour tenter de convaincre et de mobiliser la classe politique autour de notre initiative portant consensus national. Au total, j’ai tenu une cinquantaine de rencontres. J’ai vu certaines personnalités à deux ou trois reprises sans les citer ou évoquer les sujets qui ont été abordés. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré des représentants du président, entre novembre et décembre dernier, au siège d’une institution officielle de l’État.

Avez-vous été invité par le frère du président?

Les rencontres avec les représentants du président ont eu lieu à notre demande. En réalité, nous avons demandé officiellement, c’est-à-dire par écrit, à voir le président de la République en personne. Cela n’a pas été possible. Je vous rappelle qu’on demande à voir le président depuis la conférence de Mazafran en 2014. Il désigne, à chaque fois, un responsable. C’est ainsi que j’ai déjà rencontré auparavant M. Ouyahia. L’entretien avec Said Bouteflika – entre autres – n’était donc pas un secret comme tentent de le faire croire certains. J’ai même informé les responsables des partis de l’opposition avec lesquels je m’étais entretenu.

Quels sujets avez-vous abordés avec lui ?

Les sujets abordés avec eux, vous voulez dire. C’est-à-dire, les représentants du président que nous avons rencontrés. Au cœur de nos discussions, il y avait évidemment l’échéance électorale de 2019. Trois scénarios semblaient être envisageables pour le pouvoir en 2019. Le premier est le cinquième mandat. Le deuxième est l’organisation de l’élection sans la candidature d’Abdelaziz Bouteflika. Le troisième, c’est la continuité telle qu’elle a été exposée par l’ancien secrétaire général du FLN. C’est durant la discussion que j’ai proposé l’idée du report de l’élection présidentielle. C’est notre idée et c’est notre projet.

L’autre projet qui était sur la table est celui de la continuation. C’est-à-dire passer du quinquennat au septennat avec l’aval des partis de l’allégeance seulement. Dès le départ, nous avons expliqué qu’il s’agit là d’un forcing très grave qui nous sortira de la légalité et qui aura des conséquences périlleuses pour le pays. Alors que le report consensuel (pouvoir-opposition) est un projet politique appliqué dans plusieurs pays dans des circonstances similaires.

En quoi le report de l’élection présidentielle constitue une solution ?

J’ai la conviction que les proches du président ne sont pas favorables au cinquième mandat vu son état de santé. Ce n’est pas leur premier choix de toutes les façons. Pour nous, l’élection sans le président reconduira aussi le même système avec les mêmes méthodes (fraude électorale, corruption, régionalisme, pérennité des crises, voir défaillance totale de l’Algérie). Au lieu de la continuité, j’ai proposé alors le report de l’élection pour une année qui sera consacrée à la refonte de l’État. D’autant plus qu’il n’y a pas de possibilité d’accord autour d’un candidat consensuel aussi bien au sein de l’opposition qu’au sein du pouvoir.

Le pouvoir aurait pu aller vers le report de l’élection sans lancer les profondes réformes que vous réclamez…

Pour participer au processus du report de l’élection, nous avons évidemment posé nos conditions. Il s’agit de l’accord de l’opposition et de l’accord des autres institutions de l’État, en premier lieu celui de l’institution militaire. Le MSP n’aurait jamais accepté de participer seul à ce processus. Il faut qu’un consensus se dégage au sein de l’État même et avec l’opposition. Et la finalité de ce report, ce sont des reformes profondes de la Constitution et du code électorale pour la mise en place d’une commission nationale indépendante pour l’organisation des élections. C’était une garantie qui devait être donnée à l’opposition. Elle devait être gérée en commun dans le cadre d’un gouvernement de consensus. La participation de l’opposition dans l’élaboration et la concrétisation des réformes est une garantie très importante.

Quelle était la réponse de vos interlocuteurs ?

Tout le monde était favorable à l’initiative. Pour moi, il était clair que le président voulait organiser sa sortie. Nous sommes face à une autre réalité qui est différente de celle qui prévalait lors des élections de 2014 où il y avait une volonté d’un maintien éternel au pouvoir. Chacun est libre de juger ma façon de penser, mais c’est ma conviction. Je me suis inscrit avec mon mouvement dans l’après-Bouteflikisme, dans un cadre consensuel et pour l’intérêt du pays et de tout le monde.

Pourquoi l’initiative a donc échoué ?

L’initiative a échoué suite à l’opposition affichée par « certaines parties au sein du système ou à la périphérie du système » que je ne citerai pas pour le moment.

Êtes-vous toujours en contact avec le conseiller spécial du président ?

Le contact n’est plus nécessaire avec la Présidence aujourd’hui puisqu’on va vers le cinquième mandat. Un consensus semble désormais se dégager autour du cinquième mandat au sein des tenants du pouvoir. Mais si d’autres horizons s’ouvrent et si cela sera pour l’intérêt du consensus, nous prendrons langue avec qui nous voulons.

Quelle sera votre position par rapport au cinquième mandat ?

Nous sommes et nous serons contre cette option. Cela dit, la décision relative à la démarche à suivre sera prise par majliss echourra (conseil consultatif) du parti.

Est-ce que vous ne vous sentez pas piégé par le pouvoir ?

Pas du tout. L’histoire retiendra que nous avons pris des risques pour l’intérêt du pays. Elle retiendra que nous avons fait des propositions pour éviter le chaos. Nous ne sommes pas restés les bras croisés à attendre un miracle. D’autres politiciens n’ont pas voulu prendre des risques, dans le pouvoir et au sein de l’opposition alors qu’ils ont l’intime conviction qu’il s’agit du meilleur choix possible pour l’Algérie.

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